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LA VIE CULTURELLE EN RURAL : UN ENJEU PERSONNEL ET COLLECTIF




Vaste sujet de réflexion auquel se sont confrontés les 35 personnes venues dimanche 2 juin, en réponse à l’invitation de l’association L’Horizon, à Harol.


L’association, par ses objectifs, œuvre d’ores et déjà, dans l’action culturelle, par les rencontres qu’elle organise, par les journées de formation proposées, et par les après-midi de cinéma suivies d’un débat.


Livre, théâtre, bande dessinée, revue, journal, peinture, exposition, archives, musique, danse, photographie, poésie, voyage, radio, télévision, écriture, cuisine d’ailleurs, cinéma, rencontre débats, musée : chacun trouve ce qui lui convient pour s’évader, découvrir, rêver, rire, créer, se détendre ou s’émerveiller, seul ou avec d’autres…


Au démarrage de la journée, chaque personne s’est exprimée en apportant ou décrivant un objet symbolique de la culture qu’elle apprécie, montrant ainsi la diversité du sujet, et apportant de la surprise à l’assemblée. Pour certains, la culture se vit essentiellement en solitude avec un livre, mais l’expression d’une culture vecteur de lien social, dans une démarche collective, ressort principalement des discussions.


5 intervenants avaient été invités à témoigner sur la mise en place d’actions et d’activités culturelles.


Juliette Tribout, animatrice culturelle à la communauté de commune des Vosges coté sud-ouest et Marie Tribout, animatrice du tiers lieu de Darney sont intervenues, témoignant de leurs expériences professionnelles, très diversifiées. La mise en place de la bibliothèque de Darney, le musée virtuel "Micro-folie" qui vient à la rencontre des habitants dans les villages, la nécessité de relayer les propositions d’artistes auprès d’associations locales… sont autant d’exemples de propositions culturelles, mises en place sur un territoire et qui favorisent la rencontre et le lien entre les habitants. Elles ont expliqué combien il était important d’être à l’écoute des habitants : la relation de confiance étant une condition essentielle à la participation des personnes aux actions ou activités culturelles.

L’itinérance et la mobilité des activités proposées ont été soulignées pour favoriser l’accès au plus grand nombre et limiter la centralisation, et du coup, les dépenses d’énergie. La notion de transition écologique était sous jacente dans les débats. La passion pour la culture de Marie et Juliette ne fait aucun doute, puisque hors de leur activité professionnelle, avec un groupe de 12 jeunes, elles ont participé à l’organisation d’un festival de musique les 19, 20 et 21 juillet à la Forge Kaitel à Bonvillet.


Jean-Emmanuel LEDET, président de la maison pour tous à Darney, a de son côté témoigné de l’importance de mettre en place des activités qui répondent à la demande des habitants. Les propositions doivent être larges, non ciblées sur un type de public, par exemple diversifier les niveaux de théâtre. La notion d’activité culturelle est différente pour chaque être humain mais les personnes aiment à se retrouver ensemble autour d’un évènement. L’accent a été mis sur le temps donné à la logistique et au côté administratif, qui prend 90% de temps, sur les 10 % à vivre en direct une activité culturelle. La mise en place d’action s’accompagne toujours, d’un questionnement : Pourquoi on le fait ? Que doit on proposer que les personnes apprécient ?


Il est parfois plus difficile de se bouger intérieurement, que de se déplacer géographiquement…


Il faut donc faire des propositions d’activités ou d’actions dans des domaines larges permettant aux personnes de se sentir accueillies, en sécurité (notamment depuis le COVID), et de favoriser l’expérience collective : Faire ensemble, vivre ensemble une activité culturelle, ou festive, se rencontrer.


Il faut bien sûr des subventions publiques pour favoriser l’offre culturelle.


Jean Vaubourg, le maire de Bouxurulles, village de 180 habitants, était invité à partager son expérience «d’animateur», comme il le dit lui même, de la vie associative de son village. Hormis les nombreuses œuvres d’art qui jalonnent les rues de Bouxurulles, tout est fait pour que les habitants s’y rencontrent en fonction de leurs affinités.

Ainsi une médiathèque a été mise en place, une fête de la vannerie sur plusieurs jours, et une fête de la Science, toutes animées par des habitants motivés.


Un marché artisanal et de producteurs est organisé tous les 15 jours, jouxtant les locaux d’un horticulteur, réunissant de nombreux étalages et attirant de plus en plus d’habitants des villages voisins, heureux de se retrouver autour de la buvette du marché, animé par les associations de Bouxurulles. Un restaurant est maintenant ouvert le week-end. Des locaux ont été mis à la disposition de jeunes pour leurs créations musicales. Un atelier de charrons va bientôt être remis en fonctionnement pour la transmission de savoir faire.


La culture, il ne suffit pas d’en parler, il faut la faire, mettre en place les ingrédients du vivre ensemble. La commune devient "moteur" pour susciter les initiatives, et promouvoir une dynamique locale, ouverte à tous. Grâce au bouche à oreilles…Untel entraine untel, la relation de confiance s’établit.


L’initiation à la culture débute à l’école. Dans le monde du travail, se construit une culture syndicale.


Dans les familles, l’accès aux livres, à la musique, à toute forme d’outils culturels, favorisent la connaissance et l’ouverture vers l’extérieur. La personne qui vit dans la misère a aussi sa propre culture : il faut savoir l’entendre, l’écouter, et en tenir compte.


Pour que la culture ne soient pas que des mots : des ateliers ont été proposés l’après midi :


- 2 intervenants de l’association « La langue de Travers », ont contribué aux débats et ont favorisé la démarche d’atelier d’écriture, avec les enfants le matin, et avec les adultes l’après midi. A partir de 3 mots puisés au hasard, chacun imagine une phrase qui a du sens, et qui peut devenir poésie, laissant s’échapper des émotions inattendues. L’objectif est d’encourager l’accès à l’écriture, aider les personnes à franchir l’hésitation, se laisser surprendre.


- Un autre atelier a eu son franc succès : Nursen a initié les nombreux candidats à l’imitation du marbre sur papier, « EBRU » en langue turc. Des yeux émerveillés découvraient la magie de la réalisation, à partir de couleurs choisies et d’une technique particulière et bien rodée par l’animatrice. Cette activité permettait une jolie production et révélait à chacun une part d’artiste.


- L’atelier de démonstration de l’activité « Micro folie » a permis de faire découvrir, grâce au casque de réalité virtuel, la possibilité de comprendre des œuvres d’arts, en interaction, tout en étant éloigné du musée d’origine.


- Un autre atelier, permettant à chacun de découvrir et de réaliser de la musique corporelle, en se mettant au diapason, en émettant des sons, des frottements, des claquements ou percussions, sous la direction d’un animateur.


La synthèse de la journée donnait l’accent sur la nécessité de favoriser des activités simples, et non simplistes. Un spectacle qui ne surprend pas engendre l’ennui.

Se retrouver à plusieurs autour d’un verre de l’amitié peut-être une motivation principale à un déplacement.


Le fait de rire ensemble, de se sentir bien ensemble, de se sentir en union, en société, est déjà très important sur notre capacité à se comprendre, à vivre les uns avec les autres, à construire la fraternité.


Joëlle et Michel Beauvallet



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